Ignatieff Is The Martyr-King Of The Dancers
“All politicians nowadays, Pontevin says, have a bit of the dancer in them, and all dancers are involved in politics, which however should not lead us to mistake the one for the other. The dancer differs from the politician in that he seeks not power but glory; his desire is not to impose this or that social scheme on the world (he couldn’t care less about that) but to take over the stage so as to beam forth his self.
Taking over the state requires keeping other people of it. Which supposes special battle tactics. The battle the dancer fights, Pontevin calls “moral judo”; the dancer throws down the gauntlet to the whole worlds; who can appear more moral (more courageous, more decent, more sincere, more self-sacrificing, more truthful) than he?”
From Slowness, by Kundera. The VPL has copies should my fellow Liberals want to have a think. I've kept meaning to post this but I can't find my (French) copy so I just cut and pasted from here. Below is the same passage, but in full, in French, cut & pasted from here. (NB. The title is from phrase preceding the passage, which reads "Berck is the martyr-king of the dancers". Best to read book. One can always hope some misguided souls will reconsider their selling-out of liberalism).
Tous les hommes politiques d'aujourd'hui, selon Pontevin, sont un peu danseurs, et tous les danseurs se mêlent de politique, ce qui, toutefois, ne devrait pas nous amener à les confondre. Le danseur se distingue de l'homme politique ordinaire en ceci qu'il ne désire pas le pouvoir mais la gloire ; il ne désire pas imposer au monde telle ou telle organisation sociale (il s'en soucie comme d'une guigne) mais occuper la scène pour faire rayonner son moi.
Pour occuper la scène, il faut en repousser les autres. Ce qui suppose une technique de combat spéciale. Le combat que mène le danseur, Pontevin l'appelle le judo moral ; le danseur jette le gant au monde entier : qui est capable de se montrer plus moral (plus courageux, plus honnête, plus sincère, plus disposé au sacrifice, plus véridique) que lui ? Et il manie toutes les prises qui lui permettent de mettre l'autre dans une situation moralement inférieure.
Si un danseur a la possibilité d'entrer dans le jeu politique, il refusera ostensiblement toutes les négociations secrètes (qui sont depuis toujours le terrain de jeu de la vraie politique) en les dénonçant comme mensongères, malhonnêtes, hypocrites, sales ; il avancera ses propositions publiquement, sur une estrade, en chantant, en dansant, et appellera nommément les autres à le suivre dans son action ; j'insiste : non pas discrètement (pour donner à l'autre le temps de réfléchir, de discuter des contre-propositions) mais publiquement, et si possible par surprise : "Etes-vous prêt tout de suite (comme moi) à renoncer à votre salaire du mois de mars au profit des enfants de Somalie ?" Surpris, les gens n'auront que deux possibilités : ou bien refuser et ainsi se discréditer en tant qu'ennemis des enfants, ou bien dire "oui" dans un terrible embarras que la caméra devra malicieusement montrer comme elle a montré les hésitations du pauvre Berck à la fin du déjeuner avec les sidéens. "Pourquoi vous taisez-vous, docteur H., alors que les droits de l'homme sont bafoués dans votre pays ?" On posa cette question au docteur H. au moment où, en train d'opérer un malade, il ne pouvait répondre ; mais après avoir recousu le ventre coupé, il fut saisi d'une telle honte pour son silence qu'il débita tout ce qu'on avait voulu entendre de lui et encore plus ; après quoi le danseur qui l'avait harangué (et c'est une autre prise du judo moral, spécialement terrible) lâcha : "Enfin. Même si c'est un peu tard..."
Il peut arriver des situations (dans les régimes dictatoriaux, par exemple) où prendre publiquement position est dangereux ; pour le danseur, ce l'est pourtant un peu moins que pour les autres, car, s'étant promené sous la lumière des projecteurs, visible de partout, il est protégé par l'attention du monde ; mais il a ses admirateurs anonymes qui, obéissant à son appel aussi splendide qu'irréfléchi, signent des pétitions, participent à des réunions interdites, manifestent dans la rue ; ceux-là seront traités sans ménagement et le danseur ne cèdera jamais à la tentation sentimentale de se reprocher d'avoir causé leur malheur, sachant qu'une noble cause pèse plus que la vie d'un tel ou un tel.
Vincent objecte à Pontevin : "Il est bien connu que tu exècres Berck et nous te suivons. Pourtant, même si c'est un con, il a soutenu des causes que nous aussi considérons comme justes, ou bien, si tu veux, sa vanité les a soutenues. Et je te demande : si tu veux intervenir dans un conflit public, attirer l'attention sur une abomination, aider un persécuté, comment peux-tu, à notre époque, ne pas être ou paraître un danseur ?"
Ce à quoi le mystérieux Pontevin répond : "Tu te trompes si tu penses que je voulais attaquer les danseurs. Je les défends. Celui qui éprouve de l'aversion pour les danseurs et veut les dénigrer se heurtera toujours à un obstacle infranchissable : leur honnêteté ; car en s'exposant constamment au public, le danseur se condamne à être irréprochable ; il n'a pas conclu comme Faust un contrat avec le Diable, il l'a conclu avec l'Ange : il veut faire de sa vie une oeuvre d'art et c'est dans ce travail que l'Ange l'aide ; car, n'oublie pas, la danse est un art ! C'est dans cette obsession de voir en sa propre vie la matière d'une oeuvre d'art que se trouve la vraie essence du danseur ; il ne prêche pas la morale, il la danse ! Il veut émouvoir et éblouir le monde par la beauté de sa vie ! Il est amoureux de sa vie comme un sculpteur peut être amoureux de la statue qu'il est en train de modeler."
Taking over the state requires keeping other people of it. Which supposes special battle tactics. The battle the dancer fights, Pontevin calls “moral judo”; the dancer throws down the gauntlet to the whole worlds; who can appear more moral (more courageous, more decent, more sincere, more self-sacrificing, more truthful) than he?”
From Slowness, by Kundera. The VPL has copies should my fellow Liberals want to have a think. I've kept meaning to post this but I can't find my (French) copy so I just cut and pasted from here. Below is the same passage, but in full, in French, cut & pasted from here. (NB. The title is from phrase preceding the passage, which reads "Berck is the martyr-king of the dancers". Best to read book. One can always hope some misguided souls will reconsider their selling-out of liberalism).
Tous les hommes politiques d'aujourd'hui, selon Pontevin, sont un peu danseurs, et tous les danseurs se mêlent de politique, ce qui, toutefois, ne devrait pas nous amener à les confondre. Le danseur se distingue de l'homme politique ordinaire en ceci qu'il ne désire pas le pouvoir mais la gloire ; il ne désire pas imposer au monde telle ou telle organisation sociale (il s'en soucie comme d'une guigne) mais occuper la scène pour faire rayonner son moi.
Pour occuper la scène, il faut en repousser les autres. Ce qui suppose une technique de combat spéciale. Le combat que mène le danseur, Pontevin l'appelle le judo moral ; le danseur jette le gant au monde entier : qui est capable de se montrer plus moral (plus courageux, plus honnête, plus sincère, plus disposé au sacrifice, plus véridique) que lui ? Et il manie toutes les prises qui lui permettent de mettre l'autre dans une situation moralement inférieure.
Si un danseur a la possibilité d'entrer dans le jeu politique, il refusera ostensiblement toutes les négociations secrètes (qui sont depuis toujours le terrain de jeu de la vraie politique) en les dénonçant comme mensongères, malhonnêtes, hypocrites, sales ; il avancera ses propositions publiquement, sur une estrade, en chantant, en dansant, et appellera nommément les autres à le suivre dans son action ; j'insiste : non pas discrètement (pour donner à l'autre le temps de réfléchir, de discuter des contre-propositions) mais publiquement, et si possible par surprise : "Etes-vous prêt tout de suite (comme moi) à renoncer à votre salaire du mois de mars au profit des enfants de Somalie ?" Surpris, les gens n'auront que deux possibilités : ou bien refuser et ainsi se discréditer en tant qu'ennemis des enfants, ou bien dire "oui" dans un terrible embarras que la caméra devra malicieusement montrer comme elle a montré les hésitations du pauvre Berck à la fin du déjeuner avec les sidéens. "Pourquoi vous taisez-vous, docteur H., alors que les droits de l'homme sont bafoués dans votre pays ?" On posa cette question au docteur H. au moment où, en train d'opérer un malade, il ne pouvait répondre ; mais après avoir recousu le ventre coupé, il fut saisi d'une telle honte pour son silence qu'il débita tout ce qu'on avait voulu entendre de lui et encore plus ; après quoi le danseur qui l'avait harangué (et c'est une autre prise du judo moral, spécialement terrible) lâcha : "Enfin. Même si c'est un peu tard..."
Il peut arriver des situations (dans les régimes dictatoriaux, par exemple) où prendre publiquement position est dangereux ; pour le danseur, ce l'est pourtant un peu moins que pour les autres, car, s'étant promené sous la lumière des projecteurs, visible de partout, il est protégé par l'attention du monde ; mais il a ses admirateurs anonymes qui, obéissant à son appel aussi splendide qu'irréfléchi, signent des pétitions, participent à des réunions interdites, manifestent dans la rue ; ceux-là seront traités sans ménagement et le danseur ne cèdera jamais à la tentation sentimentale de se reprocher d'avoir causé leur malheur, sachant qu'une noble cause pèse plus que la vie d'un tel ou un tel.
Vincent objecte à Pontevin : "Il est bien connu que tu exècres Berck et nous te suivons. Pourtant, même si c'est un con, il a soutenu des causes que nous aussi considérons comme justes, ou bien, si tu veux, sa vanité les a soutenues. Et je te demande : si tu veux intervenir dans un conflit public, attirer l'attention sur une abomination, aider un persécuté, comment peux-tu, à notre époque, ne pas être ou paraître un danseur ?"
Ce à quoi le mystérieux Pontevin répond : "Tu te trompes si tu penses que je voulais attaquer les danseurs. Je les défends. Celui qui éprouve de l'aversion pour les danseurs et veut les dénigrer se heurtera toujours à un obstacle infranchissable : leur honnêteté ; car en s'exposant constamment au public, le danseur se condamne à être irréprochable ; il n'a pas conclu comme Faust un contrat avec le Diable, il l'a conclu avec l'Ange : il veut faire de sa vie une oeuvre d'art et c'est dans ce travail que l'Ange l'aide ; car, n'oublie pas, la danse est un art ! C'est dans cette obsession de voir en sa propre vie la matière d'une oeuvre d'art que se trouve la vraie essence du danseur ; il ne prêche pas la morale, il la danse ! Il veut émouvoir et éblouir le monde par la beauté de sa vie ! Il est amoureux de sa vie comme un sculpteur peut être amoureux de la statue qu'il est en train de modeler."


2 Comments:
At 7:04 AM,
Anonymous said…
Could you be any more pitiful? Childish? Na.
At 1:15 PM,
Eugene Forsey Liberal said…
Dear Anon,
your Kundera criticism is most delightfully postmodern.
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